Microstory

Rédigé le 18/08/2019
Maude Perrier


La moindre minute est importante.

La moindre seconde est vitale.

Pour ce couple de quadragénaires, l'amour, la passion est foudroyante. Fulgurante.

Comme s'ils aimaient pour la première fois, ils touchent, s'embrassent, se sourient, sans accorder d'attention aux autres.

Dans ce wagon, elle l'attire à lui et mordille sa lèvre. Il glisse un bras sous sa taille. Elle rit dans son cou.

Pudiques, certains baissent les yeux. D'autres en revanche, affichent ouvertement leur stupéfaction.

D'autres encore ne se rendent compte de rien. Les yeux rivés sur leur écran de smartphone, ils se moquent bien de ce qui les entoure.

Eux ne se préoccupent de personne. Ils sont dans leur bulle de passion, de bien-être et d'amour.

Et puis la rame entre en station.

La sienne.

Le cœur lourd, il se détache, lui caresse encore la joue. Elle se hisse pour lui voler un dernier baiser. Le regard qu'ils s'échangent  est brillant.

Brûlant.

Il a un mal fou à partir mais le conducteur du métro n'est pas disposé à lui accorder quelque secondes de plus. Il presse le bouton signalant la fermeture imminente des portes.

— File, lui souffle-t-elle en le poussant vers le quai.

Cette fois, il n'a plus le choix et se résout à sortir du wagon. Mais il ne la lâche pas du regard. Tant qu'il peut, il la suit, les mains enfoncées dans les poches de son imper.

Elle lui souffle un dernier baiser, juste avant que le train n'entre dans un tunnel.

Sa bulle vient d'éclater. Elle se pare d'un masque d'indifférence, trouve une place libre et s'y asseoir, puis sort son téléphone portable.

— Allô, chéri ?

— ...

— Je passe au supermarché faire quelques courses pour le dîner de ce soir, tu n'as besoin de rien ?

— ...

— Non, pas de ciné ce soir, je suis crevée.

— ...

— Je t'aime aussi à tout à l'heure.

La tête calée contre le fauteuil, elle ferme les yeux pendant que son pouce joue mécaniquement avec l'anneau doré autour de son annulaire gauche.